• catherin arsenault

Les disparus


Il y a une éternité que je n'ai pas publié de blog et j'en fait une résolution pour 2016. Pour le premier de cette nouvelle année, je tenais à rendre un hommage à certains de mes clients.

Il y a quelques semaines durant une entrevue avec une étudiante en photographie, on me posait cette question pour la première fois : « Quels sont les désavantages à être photographe animalière?» et le seul qui m'est venu en tête parce qu'en fait je n'en vois aucun, est le fait de passer beaucoup de temps seule, comme la majorité des travailleurs autonomes.

Sans être un désavantage, il y a un autre point négatif au métier de photographe animalier, une réalité dont très peu de gens ont conscience, sauf ceux qui l'ont vécue. Il arrive que certains propriétaires réservent une séance pour leur animal, sachant très bien qu'il a beaucoup plus d'années derrière que devant lui. Certains sont malades et d'autres encore savent que la fin est imminente. Ces séances très émouvantes étaient des exceptions au départ, puis mes publications ont peut-être fait leur chemin jusqu'à d'autres personnes dans la même situation, qui à leur tour me contactent pour les mêmes raisons.

Il est arrivé à plusieurs reprises au cours des dernières années que je me suis installée devant mon ordinateur pour prendre mes messages, comme à chaque matin, et que c'était un courriel d'un client qui m'apprenait que la fatalité avait frappée. C'est avec une profonde impuissance que je lis leurs mots et que je leur en suis à la fois extrêmement reconnaissante de m'écrire, à moi, l'inconnue qui a partagé avec eux un bref moment parmi tant de journées. C'est avec énormément d’émotion et peu de mots que j'arrive à leur répondre et très souvent, les mots ne viennent tout simplement pas. La peine qu'ils vivent et le temps qu'ils prennent pour me la partager me dépassent. Tous chérissent les images que nous avons prises ensemble et elles prennent désormais une signification différente pour eux. Elles sont plus qu'un souvenir, elles deviennent un hommage.

Il y a 1 mois, j'ai reçu l'un de ces courriels. La majorité de ces animaux sont vieux ou malades comme je le mentionnais, mais à chaque fois c'est un choc. Lorsque j'ai ouvert le courriel de la propriétaire de Porthos et Casper, j'ai été sidérée. J'avais fais une séance avec cet inébranlable Léonberg de 7 ans et son fringant compagnon Dalmatien de 2 ans. Je m'attendais à y lire la sélection des images de la séance, mais au lieu de ça, elle m'apprenait le décès subit et imprévisible de Casper. Pour une raison qu'elle même ignore, elle avait souhaité faire une séance avec ses chiens dans le but de leur faire un hommage sous forme de photos. Ce sont parmi les derniers souvenirs qu'elle a de Casper, puisque la séance avait eu lieu quelques semaines plus tôt.


Casper, très attentif et photonénique dans un décor époustouflant.



Porthos et Casper, des tempéraments totalement différents, mais une belle chimie les unis.


Je croyais qu'apprendre cette nouvelle était quelque chose de profondément triste, mais je n'avais jamais à ce jour dû travailler sur la sélection des images après le décès d'un animal. C'était un moment très lourd où la solitude se faisait encore plus présente. Moi qui aime travailler avec une trame musicale, le silence et le respect régnaient dans la pièce et tout ça semblait plutôt irréaliste.




Ces moments sont particulièrement déchirants, mais heureusement plutôt rares, quoique cette année ils étaient plus nombreux que les précédentes. Comme je tâche de trouver un aspect positif à chaque déception ou mauvaise nouvelle, je considère que recevoir ces messages est également un honneur. Ces personnes, malgré leur tristesse, tiennent à m'informer du départ de l'un des membres de leur famille et que ces images soulage une partie de leur douleur. C'est le plus beau compliment que je puisse recevoir.




J'espère ne pas en avoir oubliés, mais il est très probable que d'autres animaux que j'ai eu la chance de photographier nous ont également quittés cette année. J'ai une pensée particulière pour eux et leur famille d'humains avec laquelle ils ont passé parfois de brefs moments comme de nombreuses années, mais tout aussi inoubliables.


Lana, la Danoise au calme désarmant photographié en 2014.


Alaska, la Husky qui a été pris sous l'aile d'une âme charitable.


Gauge (à gauche), le Chesapeake Bay retriever de quelques mois débordant d'énergie et de bonne humeur.


Ophélie, la micro-cochon âgé de seulement 7 semaines lors de la séance était craintive mais la patience a été payante.


Spoon (à gauche), la Jack Russell avait déjà plus de 10 ans lors de sa séance en début d'année 2014. J'ai eu la chance de photographier Tom, qui a maintenant 13 ans, à 3 autres reprises cette année.


Jules, le Danois, le grand géant sur lequel j'avais fait un blogue quand j'ai appris son décès environ 1 an après sa séance.


Vixen, la petite croisée au regard hypnotisant.


Jasper, le croisé Bouvier bernois âgé de 8 1/2 ans au moment de la séance. Imposant, mais tendre.


Blitzen, la croisée de quelques semaines au moment de la séance. Elle a marqué beaucoup de personne malgré sa courte vie.


Moustache, la Griffonne de Korthals de 13 ans au moment de la séance en 2014 est décédée à un âge très vérérable cet été. Sa propriétaire n'a jamais vu cette photo encore, la séance était pour un projet personnel.


Sushi est le gecko léopard que j'ai adopté alors qu'il avait 1 an et qui est décédé de veillesse à 14 ans.

2015 n'était même pas terminée que des gens me contactaient déjà pour des séances dans la prochaine année pour leur fidèle compagnon, m'annonçant qu'ils ne veulent pas trop tarder en raison de leur santé précaire ou parce qu'ils se font vieux. Je commence l'année sur une drôle de note et j'en conviens, mais je trouvais très important de souligner ces clients particuliers. Mon prochain blogue sera plus léger, c'est promis.


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Catherin Arsenault photographe animalière

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